lundi 2 avril 2012

A.R.J.Turgot, Adam Smith et Walter Bagehot discutent de l'euro

Dans un univers parallèle, votre apprenti économiste a invité les grands penseurs de l'économie à discuter de la crise de l'euro.

AE: Monsieur Turgot, monsieur le baron, merci d'être venu.

A.R.J. Turgot: Je suis heureux de participer.

AE: Monsieur Turgot, le 24 août 1774, vous fûtes nommé contrôleur général sous Louis XVI, alors que le pays était au bord de la faillite. Comment avez-vous rétabli la situation?

A.R.J. Turgot: Ma formule était: "Pas de faillite, pas d'augmentation d'impôts, pas d'endettement nouveau". J'ai fait économiser l'état, supprimer les sinécures. Je suis intervenu pour limiter les générosités du roi envers ses clients. J'ai fait réformer le système des retraites, les croupes, ainsi que le monopole d'état sur la poudre à canon et les diligences. En administrant mieux, en maîtrisant le budget de l'état, nous sommes parvenus à réduire le déficit public et à restaurer la confiance des banquiers en seulement deux ans. Nous avons même supprimé quelques impôts et octrois. Mais je me suis fait beaucoup d'ennemis...

AE: Que pensez-vous de ceux de nos candidats qui proposent aujourd'hui d'augmenter la fiscalité?

A.R.J. Turgot: C'est une erreur. Cela représente une régression. Voudriez-vous réintroduire la corvée pour employer les jeunes chômeurs ? Ou encore rétablir les guildes et leurs privilèges ?

AE: Monsieur Adam Smith voudrait intervenir.

Adam Smith: Bonjour à tous. Quel plaisir de revoir Anne-Robert. François n'est pas là ?

François Quesnay:  Bonjour Adam. Heureux de te revoir en pleine forme.

AE: Monsieur Smith, dites-nous, est-ce que la globalisation est la source de la crise actuelle ?

A. Smith: Oui et non. La globalisation est bénéfique, elle accroît la richesse des nations. A terme, l'ensemble du monde sera si prospère que la question ne se posera même plus. Mais c'est aussi une question de démographie: l'énorme potentiel de travailleurs à employer fait les salaires trop bas. Le rééquilibrage prendra encore du temps, parce que les nouveaux acteurs devront évoluer.

AE: Monsieur Smith, faut-il restreindre les importations pour acheter français ?

A.Smith: Ce serait appauvrir ce pays. Soyons égoistes, achetons au meilleur prix: c'est le meilleur moyen de laisser la main invisible des marchés agir peu à peu au service de la prospérité commune.

AE: Walter Bagehot a bien voulu se déplacer pour nous dire un mot.

W. Bagehot: Ah, beau temps! Bonjour les amis. Je vois que ce blog cite mon excellent journal: The Economist. Que n'aurais-je fait si internet avait existé plus tôt!

AE: Monsieur Bagehot, que pensez-vous de la crise de l'euro ?

W. Bagehot: La faillite de la banque Overend, Gurney & Company en 1866 m'a enseigné la contagion: 200 faillites ont suivi la première. Pour éviter ce genre de panique, il faut qu'existe un prêteur de dernier recours. C'est le rôle d'une banque centrale.

AE: Les actions de la BCE et le nouveau pare-feu qu'est le MSE vont donc dans la bonne direction ?

W. Bagehot: Oui et non. Idéalement, les prêts ne doivent pas être bradés. Ils doivent être garantis. Il ne devrait pas exister de limite à leur étendue.

AE:  Merci messieurs de vos interventions.

MES, Mécanisme Européen de Stabilité: 800 milliards d'euros

Le MES, Mécanisme Européen de Stabilité disposera de plus de 800 milliards d'euros pour assumer le rôle de prêteur de dernier recours auprès des états européens en difficulté de refinancement. Ce pare-feu est destiné à éviter la contagion des tensions sur les taux d'intérêt des emprunts d'état des pays de la zone. Il devrait ainsi réduire la nécessité des interventions de la BCE destinées à soulager ces tensions.

L'ampleur de ce fonds chiffre la volonté européenne de faire face aux difficultés de la monnaie unique. Ce sera un argument pour demander davantage d'implication du FMI pour prévenir l'impact de la crise de l'euro sur l'économie mondiale.

Pour finir sur une note optimiste, lisez cet article (en) qui explique comment la mise en place du dollar américain s'est faite dans les difficultés, après sa création en 1790, avec faillites successives des états, plans de sauvetage multiples, puis cessation des refinancements, et mise en place d'une discipline budgétaire stricte en 1840.

vendredi 23 mars 2012

Le président de la BCE s'exprime dans le Bild

Mario Draghi, président de la BCE, s'exprime dans le Bild (en allemand).

Extraits:

Sur le modèle allemand:

"L'Allemagne est un exemple. Le vieux modèle européen de l'état-providence est en fait mort, car, trop souvent, il ne peut pas se passer de la dette. Les Allemands l'ont ré-inventé mais sans endettement excessif".

Sur l'inflation:

"Si vous considérez le prix du pétrole et les hausses d'impôts des dernières années par de nombreux gouvernements, l'inflation est stable depuis des mois à 1,5 pour cent. Si les perspectives d'inflation s'aggravent, nous allons immédiatement intervenir à titre préventif." 

Sur les 1000 milliards d'euros des LTROs:

"Les banques, à qui la BCE a prêté, ont échoué en grande partie à investir dans le cycle économique, mais elles ont été soulagées de leur dette ancienne. L'argent est neutralisé vis à vis de l'inflation."

Le chef de la Bundesbank s'alarme des LTROs:

"Avec Jens Weidmann je m'entends très bien professionnellement et personnellement. Notre différence d'opinion a été exagérée."

"L'automne dernier, la situation était vraiment critique. On aurait eu un resserrement du crédit dangereux pour les banques et donc des faillites d'entreprises qui auraient été soudainement à sec financièrement. Nous avons dû arrêter cela."

Sur la crise de l'euro:

"Le pire est passé, mais il y a toujours des risques. La situation se stabilise. Les indicateurs clés dans la zone euro, tels que l'inflation, les comptes courants et les déficits budgétaires, en particulier, sont meilleurs que, par exemple, aux États-Unis. Le retour de la confiance des investisseurs a fait que la BCE n'a pas eu à soutenir les obligations d'état depuis des semaines. La balle est maintenant dans le camp des gouvernements. Ceux-ci doivent faire que la zone euro soit de façon permanente à l'abri des crises."



Mon opinion:
1) Une communication qui inclut des perspectives sur la politique future de la BCE devrait se trouver sur le site de la BCE plutôt que dans un journal privé.

2) La comparaison avec les Etats-Unis n'a guère de sens à mes yeux, car les USA ont un gouvernement fédéral alors que l'Europe n'a pas de gouvernement.


mercredi 21 mars 2012

Présidentielle France: la crise de l'euro devrait être au coeur du débat

Opinion: Présidentielle France: la crise de l'euro devrait être au cœur du débat.

La campagne est lancée.

Faisons le test de rechercher le mot "euro" sur le site de nos candidats pour voir ce qu'ils en disent:

Nathalie Artaud
François Bayrou
Jacques Cheminade
Nicolas Dupont-Aignan
François Hollande
Eva Joly
Marine Le Pen
Jean-Luc Mélenchon
Philippe Poutou
Nicolas Sarkozy



Mon opinion:
L'euro est un peu comme un laboratoire: une monnaie fiduciaire représente une nouveauté. Je ne sais pas si un tel système sera viable à long terme. En adoptant l'euro, la France a perdu son indépendance budgétaire: le système, tel qu'il est actuellement, n'est pas prévu pour fonctionner avec des politiques divergentes basées sur le déficit public. La monnaie unique devrait rester rigide tant que l'Europe politique ne s'est pas davantage construite. A cause de l'euro, on ne peut pas rétablir une compétitivité internationale au moyen de la dévaluation: c'est important dans l'environnement concurrentiel de la globalisation en cours. Mais l'euro a aussi des avantages en matière de stabilité.

Il devient alors logique de s'interroger sur la réintroduction d'une monnaie nationale. C'est à dire de dénoncer les traités et s'engager dans une voie difficile: Quelle procédure pour la réintroduction ? Comment seront gérées les dettes en euros, des entreprises et des particuliers ? Quels moyens seront prévus pour éviter les faillites individuelles et d'entreprises que la dévaluation d'une monnaie nationale provoquera en accroissant d'autant les endettements ? Peut-on chiffrer le coût de ces moyens ? A quel niveau d'endettement sera l'état français après l'opération ? Comment sera prévenue la fuite des capitaux ? Comment les banques françaises seront-elles protégées de la faillite ? Il revient aux candidats de répondre à ces questions.


La crise de l'euro devraiit être prise en charge par les politiques, et non pas par la BCE, dont le mandat est limité. Les candidats devraient être en mesure de préciser comment ils comptent gérer une crise qui n'est probablement pas terminée. Ils devraient préciser leur position vis à vis d'une fiscalité commune européenne, dire si ils comptent s'engager ou non sur une réduction du déficit public, et comment ils appuieraient les mesures destinées à limiter la contagion.

Surtout, les candidats devraient préciser comment ils comptent accroître la compétitivité et stimuler la croissance de l'économie française. Pratiqueront-ils une politique d'orientation thatcherienne, avec réduction des salaires, et en facilitant le recours à l'intérim, comme l'a fait l'Allemagne depuis 10 ans?

Avec l'endettement actuel de la France, les notations de sa dette, et les tensions sur les taux qui se sont déjà manifestées, je pense que la marge de manœuvre n'existe guère. On ne libère pas une économie en accroissant les impôts. Je pense qu'il existe un fort décalage entre ce que perçoivent et voudraient les français, et ce que la situation économique et financière nous impose. En adoptant l'euro, la France s'est engagée, un peu contre son gré, dans un engrenage à sens unique, qui ne prendra tout son sens qu'avec un gouvernement européen.

Finalement, va-t-on expliquer enfin aux français que les réalités économiques sont plus fortes que la politique et l'idéologie ?

Lire l'article de the economist (en)

Le président de la Fed sur la situation en Europe

Ben S. Bernanke s'exprime sur la situation économique et financière en Europe et les actions entreprises par la Réserve Fédérale américaine dans ce cadre.
Le texte complet est ici (en).

Le président rappelle qu'un cinquième des exportations US se fait vers l'Europe et que la crise des dettes souveraines européennes a affecté l'économie US, les marchés financiers et et les banques US exposées au niveau du prix de leurs actions et de leur spread de crédit (écart de taux par rapport à l'emprunt d'état).

M. Bernanke reconnait que les tensions financières en Europe ont diminué ces derniers mois. Premièrement, avec les actions de la BCE: Deux LTROs, et l'assouplissement des règles sur les collatéraux et sur les réserves requises ont permis aux banques européennes de se refinancer jusqu'à trois ans et de calmer les inquiétudes sur leurs perspectives à court terme. Ce support a permis aux banques d'européennes d'acheter des obligations d'état, contribuant à réduire les coûts de la dette pour certains pays.

En second, les dirigeants de la zone euro, le gouvernement grec et les détenteurs privés de la dette grecque avancent des étapes pour rendre la fiscalité grecque soutenable. La dette de l'état grec est réduite de façon significative, les autorités grecques intensifient leurs efforts pour implémenter les réformes structurelles et fiscales, et l'Union européenne et le FMI ont affecté un montant considérable de fonds nouveaux au second plan d'aide. Cependant l'économie grecque reste dans une récession profonde.

En troisième, les dirigeants de la plupart des états membres de l'Union européenne ont approuvé un nouveau traité compact de fiscalité qui renforce les règles fiscales et leur application. Ce traité représente une étape positive pour résoudre la tension fondamentale qui existe de façon inhérente dans le fait d'avoir une union monétaire sans union fiscale. Ceci devrait aider à renforcer la viabilité de l'économie de la zone euro à long terme.

Bien que certains progrès aient été faits, d'autres restent à faire: la complète résolution de la crise demandera un renforcement supplémentaire du système bancaire européen; un élargissement significatif des systèmes de pare-feu destinés à empêcher la contagion sur les marchés des obligations d'état. Et, de façon déterminante, des efforts poursuivis pour accroître la croissance économique et la compétitivité et pour réduire les déséquilibres extérieurs dans les pays en difficulté.

 M. Bernanke explique que ces développements européens ont amené la Réserve Fédérale a étendre les facilités d'échange (swap) du dollar réactivées en mai 2010, à taux réduit et jusqu'en février 2013. Les banques US ont été soumises à des tests incluant un scénario de crise sévère en Europe, avec récession profonde aux USA et chômage consécutif à 13% de la population active.


jeudi 15 mars 2012

Dette grecque: restructuration, défaut partiel

Un sujet fleuve, à épisodes, technique, compliqué, polémique, politique.

Je vais essayer de résumer et d'y voir clair:
En mai 2010, la dette de l'état grec était de 310 milliards d'euros détenus par des investisseurs privés. Elle se montait à 120% du PIB et le déficit public représentait 13,6% du PIB. Le FMI et la zone euro, avec le Fonds de stabilisation EFSF créé pour l'occasion, aident la Grèce à hauteur de 110 milliards d'euros (dont 27 milliards d'euros pour le FMI). C'est le premier plan de sauvetage.


A partir de mai 2010 la BCE commence à acheter les emprunts d'état et obligations privées de la Grèce et des autres pays de la zone. En février 2012, on sait que 219 milliards d'euros d'emprunts ont été achetés ainsi, qui sont en principe "stérilisés". La stérilisation consiste pour la BCE à faire en sorte que ces achats ne constituent pas une impression de billets. Les emprunts grecs achetés par la BCE de cette façon représenteraient 66 milliards d'euros (estimation JP Morgan).

Dans le même temps, la BCE assouplit ses règles pour accepter les emprunts grecs comme collatéraux quand elle prête aux banques. Dans ses deux dernières opérations de prêt à long terme (LTRO) en décembre 2011 et février 2012 portant sur près de 500 milliards d'euros chacune, elle accepte même les obligations privées comme collatéraux. Ainsi la BCE détient-t-elle des emprunts grecs directement, mais aussi sous forme de collatéraux, dans une sorte d'écheveau dont la transparence n'est pas optimale.

Février 2012: la dette de l'état grec se monte à xxx (les sources divergent) milliards d'euros. Un accord de restructuration de cette dette prend forme, avec une aide sous forme d'un nouveau prêt de 137 milliards d'euros, dont le FMI fournira 28 milliards d'euros, lié à la mise en œuvre effective de coupes budgétaires. Cet argent ira pour 40 milliards d'euros à recapitaliser les banques et assurances grecques. 30 milliards d'euros serviront à faire accepter un montage de swap compliqué à la majorité des détenteurs privés: Il s'agit d'une reconduction de la dette grecque sur une longue durée avec un intérêt qui croîtra au fil du temps, et qui demande à ces détenteurs privés d'accepter une perte de valeur de 53,5% sur la valeur nominale des emprunts. Ainsi 59 milliards d'euros serviront effectivement à réduire la dette grecque détenue par le privé. Elle deviendra alors détenue en majorité par les institutions publiques. L'endettement a changé de mains, mais en fait il demeure: à fin 2012, la dette grecque devrait représenter yyy (je ne trouve pas l'info) milliards d'euros, soit 161% de son PIB. Cependant cet accord représente un effort de solidarité, de l'Europe et du monde, destiné à éviter une faillite des institutions grecques, et à garantir la stabilité de la zone euro.



Le blog Euro Crisis (en)

Article de Bloomberg (en)

Le blog Coulisses de Bruxelles (fr)





mardi 13 mars 2012

CAPITALISM un vieux jeu cool pour s'initier ou se détendre

Un jeu abandonware à télécharger: CAPITALISM (de 1995)
Il s'agit d'une simulation de gestion d'entreprise dans un environnement capitaliste simplifié.
En français sur abandonware-france.org


Cet excellent jeu reste très instructif pour s'initier et comprendre la difficulté qu'il y a à manager une entreprise dans un environnement concurrentiel.

Essayer "nouvelle partie" et dans "réglages du jeu" choisissez "importations"; augmentez le nombre de ports à 10 et 10 et définissez la qualité des produits d'importation à "forte". Faites "OK", puis fixez le menu "Tempo" à "Maximum" et regardez ce qui se passe: les sociétés qui s'en sortent le mieux sont celles qui n'ont que des grands magasins. Vous avez le modèle d'un pays où on ne parvient à rentabiliser que la distribution, tandis que les usines ne sont pas viables, sauf frais de recherche et développement coûteux ou marques fortes. C'est un peu l'Europe aujourd'hui où les produits importés sont trop attractifs et ruinent les manufactures locales.